Le 17 octobre dernier était la journée mondiale du refus de la misère. On peut avouer que personne n’est indigné par certains très hauts salaires des cadres de la République. Il est assez indifférent de savoir que certains gagnent en un jour plus que le revenu annuel d’un ouvrier, et même beaucoup plus.

Ce qui choquerait, ce serait que, dans certaines entreprises de la place, le salaire versé aux plus modestes des salariés ne leur permette pas de sortir de la misère, les empêche de se nourrir, vêtir correctement et les prive d’accès à un logement décent, en dépit d’un travail normal correctement assuré.

Ce n’est pas à l’opinion publique de juger de la pertinence du salaire versé à tel ou tel dirigeant, mais bien à ceux qui le paient, c’est-à-dire, dans ces grandes entreprises, à leurs actionnaires.

Tant que le dirigeant en question fait honnêtement le travail pour lequel il lui a été promis une certaine rémunération, que peut-on lui reprocher ?

Encore faut-il que celui que sa rémunération transforme en « riche » s’acquitte des obligations de cette situation.

Et, parmi celles-ci, la première, mais oui, c’est de dépenser.

Le riche peut, certes, user de l’argent dont il dispose pour favoriser des œuvres caritatives ou des activités politiques, intellectuelles, artistiques ou sportives, mais cette générosité, louable, n’est pas l’essentiel.

Un riche a d’abord l’obligation morale de dépenser son argent largement, quoique sans ostentation, en sorte que des entreprises produisent les biens et services qu’il décide d’acquérir et soient donc en mesure d’offrir des emplois pour assurer cette production.

Car, sans riches faisant leur « métier de riches », en dépensant largement en constructions, en mobilier, en décoration, en vêtements sur mesure, en bijoux, en hôtellerie de luxe, en voyages, en voitures de luxe, il n’y a pas d’entreprises pour fournir ces biens et donc pas d’emplois dans ces entreprises.

Supposons que, au lieu de s’étaler comme aujourd’hui de un à plus de cent, les rémunérations soient arbitrairement limitées à un petit nombre de fois le salaire minimum, comme beaucoup semblent le souhaiter : les dirigeants, comme les salariés modestes, verraient leurs dépenses limitées, peut-être à un peu plus que le strict nécessaire à la vie de leur famille, mais ne disposeraient certainement pas de suffisamment d’argent pour que l’on puisse entreprendre à leur intention la production de biens plus coûteux que ceux dont on ne peut pas se passer et de créer des emplois pour les produire.

Nombreux seraient donc ceux qui seraient maintenus dans la misère ou dépendraient entièrement de l’assistanat.
Sans riches faisant correctement leur « métier de riches », il n’y a plus que des pauvres.

Maintenir une certaine proportion de « riches » dans la société est donc une nécessité pour ne pas augmenter la misère.

Mais le riche qui thésaurise l’argent qui lui est versé, que ce soit pour assurer son avenir ou celui de ses héritiers, ne fait pas son « métier de riche ».

Cela n’exclut évidemment pas d’autres mesures pour sortir de la misère les « travailleurs pauvres », parmi lesquelles la formation à de nouvelles compétences, leur permettant l’accès à de nouvelles fonctions mieux rémunérées devrait avoir une place de choix.

On pourrait aussi envisager de délocaliser certaines activités, qui maintiennent actuellement leur main-d’œuvre dans des zones où le coût de la vie est faramineux, vers des zones où le logement, en particulier, serait bon marché.

Avec une formation adéquate, les salariés ainsi délocalisés pourraient utiliser les outils numériques actuels pour travailler comme s’ils se trouvaient dans une grande ville, sans subir les coûts inhérents à celle-ci.

Si le Président de la République se montre outrageant envers ces travailleurs pauvres et d’autres, moins pauvres mais loin d’être riches, en les traitant de « fainéants » par exemple, il n’a pas tort quand il attribue à la jalousie certaines réactions qui, non seulement n’auraient aucun effet positif pour réduire la misère, mais pourraient l’aggraver si elles étaient satisfaites.

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