En prélude à la tenue des élections législatives de cette année, j’ai initié une démarche constructive et prospective en publiant des libres propos qui m’engagent personnellement afin de me permettre de me prononcer sur certains sujets de l’actualité politique nationale directement ou indirectement liés aux enjeux de ces législatives. Et c’est sans faux fuyant avec la franchise qui me caractérise, que je vais à travers le propos de ce jour donner mon avis sur les chances de réussite de l’opposition gabonaise aux échéances à venir (Législatives et Locales).

La politique, comme nous le savons, est d’abord une affaire des rapports de force et de pouvoir entre acteurs politiques majeurs et mineurs. Tout acteur qui ambitionne se lancer dans une compétition électorale ne devrait pas perdre de vue cette donne ou tendance lourde à l’esprit. C’est pourquoi il doit au préalable évaluer ses forces et faiblesses, car la réalité du terrain n’a rien avoir avec les simples discours politiques et les pronostics. En lisant entre les lignes les journaux de la presse écrite et en ligne, je fais le constat suivant: « L’opposition gabonaise n’a pas de vision stratégique » je parle de toute l’opposition gabonaise de façon générale, entendez par là l’opposition modérée et constructive et l’opposition radicale et suicidaire. J’en veux pour preuve leur approche contradictoire voir opposée quant à leur participation aux législatives de cette année. Cette posture politique des membres de l’opposition, à mon sens, traduit l’état d’esprit qui anime certains leaders de ce camp qui n’arrivent pas souvent à se mettre d’accord sur certains préalables. Je suis au regret de le dire ici que les objectifs de certains d’entre eux sont loin d’être « La conquête du pouvoir » mais plutôt la course pour le positionnement personnel et la défense des intérêts familiaux. Ce qui peut expliquer cette diversité d’approches diamétralement opposées au sein de la classe politique de l’opposition.

Au lieu d’avoir un objectif principal, celui de participer aux élections législatives non en tant que figurant mais comme acteur majeur pour remporter la majorité des sièges afin de peser sur l’échiquier politique national et influencer davantage sur la distribution des cartes au niveau de la scène politique locale, chaque leader de l’opposition joue individuel et solitaire, pour être plus explicite la plupart d’entre eux jouent à la périphérie au lieu de jouer au centre. Pendant que certains disent aux autres qu’il faut participer aux élections législatives,il y’a un autre groupe qui prône le boycott et partisans de la politique de la chaise vide. Voici la première faiblesse de l’opposition gabonaise: au lieu d’avoir « Un objectif stratégique commun », chaque leader poursuit son objectif à lui et qu’il refuserait de communiquer aux autres. Malgré le fait que certains leaders sont regroupés au sein de coalitions ou blocs politiques, à mon avis, ce sont des alliances de circonstance et sans lendemain car les vrais adversaires de l’opposition se trouvent à l’intérieur de leur propre camp. Et j’irai un peu plus loin dans mon analyse en faisant la démonstration que l’une des faiblesses de certains leaders charismatiques de l’opposition ce sont les membres de leurs partis politiques par manque d’expérience font souvent commettre des erreurs graves à leurs leaders ou présidents de partis. Car certains ont une lecture décalée de la réalité ce qui explique le manque de formation des militants. Ils confondent fanatisme à l’engagement militant, voici qui est essentiel, un militant ou un membre du directoire devrait être une personne ressource pour leurs leaders et surtout des outils d’aide à la décision. Il faut aussi que les leaders politiques de l’opposition puissent promouvoir les cadres valeureux aux postes de responsabilités au lieu de faire dans le tribalisme, le copinage et le clientélisme politique, et aussi promouvoir les espaces d’échange démocratique ou la contradiction est acceptée et tolérée au lieu de semer dans les cerveaux des militants l’esprit dogmatique, la parole parlée ou il n’y a que le Président du Parti qui connaît tout et les autres membres le suivent . De plus, certains militants ont une lecture utopiste et romanesque de la vie politique nationale et n’hésitent pas à vous parler de leur trajectoire politique et la somme de leurs expériences des années 80 et 90. Ce qu’ils ne savent pas est que le contexte politique n’est plus le même et que notre pays évoluant dans l’espace planétaire, subit les influences venant de l’extérieur. C’est pas moi, c’est le temps qui vous impose de revoir vos approches et changer complètement votre logiciel politique qui ne répond plus aux réalités actuelles et c’est pourquoi à l’entame de mon argumentaire j’ai évoqué l’absence de « Vision stratégique » de l’opposition gabonaise, les leaders de ce camp font de la navigation à vue. Malheureusement beaucoup pensent qu’être à la tête d’un parti politique se résume à avoir un siège, un récépissé définitif, Les statuts et les militants. A mon avis il faut d’abord avoir une vision stratégique, sur cette base vous allez définir votre objectif et vous pourriez élaborer les stratégies afin de structurer clairement votre ligne politique ou idéologique .

Après avoir planté le décor de mon propos, je vais modestement mentionner quelques paramètres qui risqueront de réduire les chances de l’opposition gabonaise à s’imposer aux législatives de cette année face à la machine PDG, les partis politiques de la majorité et les candidats indépendants dont la majorité seront les jeunes et les femmes.

Je commencerai par évoquer le manque de réalisme politique de ces leaders qui se traduit sur les faits par la présentation des ambitions démesurées, à l’annonce des candidatures ne soyez pas étonnés de voir les partis politiques qui ont vu le jour les dix dernières années présenter plus de 50, 80 voir même 100 candidats sur toute l’étendue du territoire national. Je me demande qu’ils se réfèrent à quelle étude du terrain pour penser que malgré le fait que certains d’entre eux ne disposent même pas d’élus sur plan national ( Député, Sénateur ou même Conseiller). Ils font même fi de la réalité politique selon laquelle c’est le PDG qui a remporter les législatives 2011 avec un score écrasant, de façon pratique cela voudrait dire que les acteurs politiques de ce parti connaissent bien le terrain et vont s’appuyer sur les mêmes stratégies pour gagner dans la plupart des sièges. Je suis aussi tenté de poser la question: où les leaders de certains partis de l’opposition qui vont présenter une cinquantaine de candidats vont-ils trouver les moyens pour la campagne de leurs candidats? Je pense modestement que si vous voulez vous imposer à cette élection, il faut faire preuve de maturité politique en ayant une approche dynamique et stratégique, au lieu de présenter plusieurs candidatures qui ne sont pas sûr de gagner, il est préférable de présenter 5 à 10 candidatures par parti politique de l’opposition en tenant compte de la carte politique nationale d’une part, et les assises politiques de chaque formation sur le terrain d’autre part. Un autre paramètre qui va constituer une entrave aux candidats de l’opposition, certains de leurs représentants n’ont aucune assise sur le terrain, la dernière fois que certains étaient chez eux remonte à la dernière élection présidentielle d’Aout 2016, pendant ce temps les partis de la majorité travaillent en sous-marin pour consolider leurs acquis et préparer les électeurs à leur faire confiance; ceux de l’opposition passent beaucoup plus de temps aux sièges de leurs partis en théorisant sur leurs chances de réussite à cette élection. Gagner une élection législative dépend de votre capacité à vous déployer sur le terrain. De plus on note aussi, une mauvaise lecture politique, le fait pour certains d’entre eux de lire les enjeux des législatives à venir sous le prisme des dernières élections présidentielles, est une erreur stratégique. J’ai eu l’occasion de le souligner dans certaines de mes publications, que les élections législatives sont différentes des élections présidentielles. Aux législatives les populations votent d’abord l’homme et non le parti politique, ce qui est différent des élections présidentielles ou les populations doivent porter leur choix en tenant compte du projet de société de chaque candidat. Lorsqu’on fait une étude de la sociologie électorale, on comprend mieux les agissements de certains électeurs. S’agissant de l’opposition, on constate l’absence de solidarité comme nous l’avons souligné en filigrane, au lieu d’aller en ordre serré, ces derniers vont briller par leur égoïsme personnel et primitif en lieu et place de l’égoïsme rationnel qui commande à chaque leader politique de faire des concessions justes,réalistes et objectives. Certes, cela implique une certaine culture du partage, et à l’état actuel, je doute fort que « La culture du partage » soit un principe chez certains leaders de l’opposition. Et l’histoire politique récente de notre pays nous montre tout le contraire. Car le principe qu’ils ont érigé en mode de gouvernance politique se résume en cette Maxime « Tout pour nous, et rien pour les autres ».’ Je trouve aussi le discours de certains acteurs politiques de l’opposition démodé sinon en déphasage avec la réalité politique actuelle. Un discours qui est beaucoup plus idéologique que social. C’est pourquoi je demande à l’ensemble de ces leaders de faire preuve de lucidité politique en épousant l’approche réaliste. Évitez de suivre le mouvement ambiant ou l’effet de mode qui est en cours en ce moment qui fait croire aux leaders politiques de l’opposition que prouver aux autres leur puissance, c’est investir plusieurs candidats aux futures législatives.

En conclusion, nous disons que la survie politique de certains leaders de l’opposition ainsi que leurs formations politiques passe par leur capacité à comprendre le contexte politique actuel et mieux cerner les enjeux stratégiques liés à l’ensemble des bouleversements nés de la dernière présidentielle dans notre pays. Comme nous avons tenté de le démontrer tout au long de notre exposé, l’opposition gabonaise devra faire preuve de réalisme politique et l’ensemble des leaders doivent absolument avoir un seul et unique objectif décliné en une vision stratégique : « La conquête du pouvoir par les moyens constitutionnelles », en d’autres termes par les urnes. Ils doivent transcender les petits calculs liés à la défense de leurs intérêts, mais permettre à l’ensemble de leurs militants de continuer à caresser le rêve de l’alternance politique. Cela dit, pour faire face à la machine PDG et la montée en puissance des candidats jeunes issue de la Société civile et du monde des affaires, ces derniers doivent revoir à la baisse leurs ambitions au sujet du nombre de candidatures à investir sur toute l’étendue du territoire national, car ne disposant pas d’une part des militants pouvant faire le poids face aux adversaires à cause de leur manque d’expérience et leur méconnaissance du terrain politique, et d’autre part l’absence des moyens financiers, car une élection législative ne se gagne pas sur la base des simples discours. C’est toute une organisation. De notre point de vue, participer aux élections législatives et locales de cette année pour l’ensemble des partis de l’opposition loin d’être un « jeu » c’est « l’enjeu ». La survie de tous ces leaders va dépendre des résultats engrangés par leurs formations politiques, et pour être réaliste et objectif ces deux élections législatives et locales viendront signer l’acte de décès de certains partis politiques.

Francis Edgard Sima Mba, Consultant et Analyste politique

Laisser un commentaire

Entrez votre commentaire!
Entrez votre nom ici