Pays du paranormal depuis au moins dix ans, le Gabon a habitué sa population à des révélations de scandales financiers qui trop souvent, ont aboutis à des arrestations ou à des évictions de hauts dignitaires de l’État. Mais après ces interpellations orchestrées de façon très expéditive au point de croire en une justice spectacle, le calme qui revient tout de suite après, soulève la question des réelles motivations de ces agissements.

Plus d’une semaine que le Vice-président de la République, Pierre-Claver Maganga Moussavou a été déchu de son poste en compagnie du Ministre d’État aux eaux et forêts, Guy Bertrand Mapangou.

Tous les deux, victimes de la sulfureuse affaire dite « kévazingogate » du nom de cette essence de bois de la forêt gabonaise très rare et surtout interdite d’exploitation depuis 2012, l’opinion publique est stupéfaite du silence intervenu tout de suite après leur sortie du gouvernement. Comme si leur mise à l’écart des affaires suffisait à elle seule pour clore l’affaire.

Or, après les déclarations faites par l’ancien vice-président a son domicile au cours de sa conférence de presse un jour après son limogeage, plusieurs révélations semblent curieusement corroborer et renforcer des soupçons sur une affaire finalement montée de toutes pièces contre lui.

Plus circonspect que le vice-président, Guy Bertrand Mapangou n’en a pas été moins bavard à ce sujet. C’est ainsi qu’au cours d’une sortie pour célébrer les mamans dans son fief politique de Fougamou, celui qui vient de regagner l’hémicycle Léon Mba en qualité de simple député fera cette importante et énigmatique déclaration qui n’est pas sans sens: « J’ai choisi de ne pas m’agiter inutilement »!

Comme pour enfoncer le clou, le très influent homme d’affaires Chinois François Wu, lui aussi cité dans cette nébuleuse, a cru bon de dire sa part de vérité via un échange téléphonique (vraisemblablement) et qui a été largement relayé sur les réseaux sociaux.

Dans cet audio, l’asiatique ne fait nullement mention d’une quelconque implication de Guy Bertrand Mapangou, mais il innocente quasiment le vice-président Maganga Moussavou autant qu’il indexe et se moque clairement de la justice gabonaise qu’il qualifie de « honteuse » avec son plus visible visage, en l’occurrence le procureur de la République, Olivier Nzaou.

Dès lors, le silence assourdissant de ce procureur étonne plus d’un depuis sa mise en cause.

Lui qui est très connu pour son goût prononcé pour des descentes inopinées dans les snack-bars de la capitale ainsi que sa façon jugée trop cavalière dans la conduite de certains dossiers importants.

Ils sont donc finalement de plus en plus nombreux ceux qui croient au Gabon, que derrière le kevazingogate, se cache sans doute une ombre maléfique qui ne dit pas son nom.

Mieux encore, plusieurs observateurs de la vie publique gabonaise constatent que parmi la douzaine de hauts cadres dont les fonctions ont été suspendues peu avant le limogeage des deux membres du gouvernement, plusieurs à l’instar du Directeur provincial des Douanes de l’Estuaire, Jean Christian Ndong Bibang, n’avaient pris leur fonction que moins de deux mois avant que l’affaire n’éclate. Et au même moment que Régis Laccruche, le frère aîné du Directeur de cabinet du chef de l’État, Brice Laccruche Alihanga qui gère désormais le port via l’office des ports et rades du Gabon (OPRAG) de Libreville par où serait parti tout le bois déclaré disparu.

Comment alors se fait-il qu’un acteur aussi majeur dans la gestion de ce dossier n’en soit pas inquiété alors que des menus fretins se retrouvent au plancher?

Si tant est que l’affaire kevazingogate est antérieure à certains, pourquoi d’autres en seraient concernés?

Plusieurs documents qui ont circulé sur les reseaux sociaux et dont l’authenticité des signatures rapprochent Mapangou et Maganga de ladite affaire, pourquoi d’autres Ministres pourtant en fonction et dont les signatures, authentiques ou pas, y figurent, continuent de siéger au gouvernement?

En définitive, le calme avec lequel cette affaire veut retomber et se faire oublier dénote plutôt d’un vaste et profond complot dont les tireurs de ficelles semblent pour le moment tapis dans l’ombre.

Patrick Montalier

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