Prévus pour durer 24 mois seulement, les travaux du bassin versant du quartier Nzeng-Ayong, dans le sixième arrondissement de Libreville sont sur le point d’être définitivement suspendus pour non-paiement par le Trésor public gabonais de la contrepartie nationale et non-respect du protocole d’accord.

Démarré en 2015 pour un coût global de 11.790.000.000 Fcfa à payer à part égale entre l’Union Européenne et le Gabon, le projet du bassin versant de Nzeng-Ayong, déjà réalisé à près de 90% par l’entreprise Portugaise CONDURIL pourrait ne plus arriver à sa fin. L’aboutissement dudit projet, pourtant cher au Chef de l’État Ali Bongo Ondimba est désormais en pointillé entre les mains du Ministre du Budget et des Comptes Publics, Jean Fidèle Otandault et du Directeur Général de la Comptabilité publique et du Trésor, Sostène Ossoungou.

Libreville, le 10 octobre 2018, le Directeur Général de l’Agence Nationale des Grands Travaux d’Infrastructures (ANGTI) adressait une correspondance au Directeur Général de la Comptabilité publique et du Trésor pour « mobilisation de la contrepartie nationale du projet du bassin versant de Nzeng-Ayong ».

Dans sa correspondance, le Directeur Général de l’ANGTI sollicitait de la part du Directeur Général du Trésor « le décaissement en urgence pour régler les factures échues à date pour un montant de 376.722.352 Fcfa, cela afin d’éviter toute nouvelle interruption des travaux pour cause de retard de paiement de la part nationale ». Pour l’ANGTI, le non-paiement de ladite facture pourrait entraîner la « démobilisation » de l’entreprise CONDURIL, adjudicataire des travaux, ce qui serait par ailleurs « un mauvais signal envoyé à l’Union Européenne quant à la capacité de l’État gabonais de mener à bien ce projet ». Fin octobre 2018, Sostène Ossoungou avait pourtant donné toutes les garanties quant au paiement de la somme « dans les plus brefs délais », au cours d’une réunion entre le ministère de l’économie, le ministère du budget, le ministère des travaux publics et l’ANGTI. Près de deux semaines après, le DG du Trésor semble ne plus être disposé à accéder à sa promesse.

En outre, « pour lever les inquiétudes » de l’Union Européenne et de l’entreprise CONDURIL, le Directeur Général de l’ANGTI a sollicité des services du Trésor public la sécurisation « sur un compte bloqué le solde relatif à l’ordonnance de paiement n°17011761 pour un montant de 1.852.916 708 Fcfa ». La non sécurisation de ce fonds conformément à la demande de l’Union Européenne pourrait entraîner « le non-renouvellement de la Convention et du Contrat », ce qui « priverait le Gabon d’un don de 1.500.000.000 Fcfa apporté par l’UE pour finaliser la construction du bassin versant de Nzeng-Ayong ».

Par ailleurs, l’interruption des travaux à plusieurs reprises pour non-paiement de la contrepartie nationale avait entraîné des coûts d’immobilisation. Un protocole d’accord entre le Gabon, l’UE et l’entreprise Portugaise CONDURIL avait été établi à cet effet. Lequel protocole d’accord évaluait la valeur de l’ensemble des immobilisations à près de 1.500.000.000.Fcfa et prévoyait le paiement du montant à l’entreprise CONDURIL à part égale entre le Gabon et l’UE. Près de trois mois après, le protocole d’accord est toujours en attente de signature sur la table de travail de Jean Fidèle Otandault, Ministre du budget et des comptes publics et ce, nonobstant la menace de l’Union Européenne et CONDURIL de plier bagage dans le cas échéant.

Pourtant la menace de l’Union Européenne de retirer son financement est imminente. Si d’ici fin novembre, la partie gabonaise ne s’acquitte pas de ses obligations, le projet du bassin de Nzeng-Ayong restera un autre éléphant blanc comme on en trouve un peu partout à Libreville et même à l’intérieur du pays. Jean Fidèle Otandault et Sostène Ossoungou sont-ils prêts à assumer les conséquences d’un tel acte? La rigueur avec laquelle la justice gabonaise avait traité le cas Blaise Wada, ancien patron des bassins versants doit les enseigner. La question des inondations à Libreville fait couler beaucoup d’encre; entre les pertes en vies humaines, destructions de biens, Ali BONGO ne saurait tolérer un tel laxisme.

Patrick Montalier

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